Citationsde Roland Barthes. “ Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entĂȘtĂ©, mon langage est un adulte trĂšs civilisĂ© . ”. Ma note : Note moyenne : 5/5. “ J' aime, je n' aime pas : cela n'a aucune importance pour personne ; cela apparemment n'a pas de sens. Et pourtant, tout cela veut dire : mon corps n rolandgarros a dĂ©butĂ© aujourd'hui et il n'y a pas eu de surprises. Mauresmo a gagnĂ© tranquillement (6/4 6/4). Chez les hommes, federer a gagnĂ© dans la douleur RolandBarthes » J’aime les chats- les pulls moelleux – les yeux bleu glacier – la salade de pissenlit au vinaigre – Claude Roy poĂšte – les desserts sous forme de fromage – le silence Editer l'article Suivre ce blog Administration Connexion + CrĂ©er mon blog. Le blog de Christophe Lamoure. cours et ateliers pour dĂ©couvrir la philosophie ou en approfondir Cettecitation de Roland BARTHES : « J'aime, je n'aime pas : cela n'a aucune importance pour personne ; cela apparemment n'a pas de sens. et pourtant, tout cela veut dire : mon corps n'est pas le mĂȘme que le vĂŽtre. », fait partie des plus belles citations de Roland BARTHES (aucune importance personne apparemment pourtant corps votre). ListepoĂ©tique : j' pas. Bonsoir Ă  toutes et Ă  tous, Ceci n'est pas un poĂšme ! je recherche cette liste poĂ©tique : "j'aime je n'aime pas" de Roland Barthes, extraite de son livre : R. Barthes par R. Barthes, Ă©ditions Seuil, 1975. Merci Jaime, je n'aime pas : cela n'a aucune importance pour personne ; cela apparemment n'a pas de sens. Et pourtant, tout cela veut dire : mon corps n'est pas le mĂȘme que le vĂŽtre. Citation de cĂ©lĂ©britĂ©. Roland Barthes. Critique, GĂ©ologue, Journaliste, Scientifique, Sismologue (1915 - 1980) Roland Barthes par lui-mĂȘme (Source de la citation) Cherchez DjRJ. Crime De Maureen Jacquier Ou En Est Lenquete En Janvier2022 Femme Mure Baise Avec Un Jeune Chinois Here is an extract from a multifaceted men roland barthes book roland barthes by roland barthes, 1975. Jaime, je naime pas i like, i dont like like salad, cinnamon, cheese, pimento, marzipan, the smell of new-cut hay why doesnt someone with a nose make such a pe rfume, roses, peonies, lavender, champagne, loosely held political convictions, glenn gould, too-cold beer, flat pillows. Jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela, apparemment, na pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire mon corps nest pas le mĂȘme que le vĂŽtre. Ainsi, dans cette Ă©cume anarchique des goĂ»ts et des dĂ©goĂ»ts, sorte de hachurage distrait, se dessine peu Ă  peu la figure dune Ă©nigme corporelle, appelant complicitĂ© ou irritation. Le premier est Ă©crit par roland barthes, le deuxiĂšme est mis en image dans un court-mĂ©trage par le rĂ©alisateur jean-pierre jeunet. Roland barthes - jaime, je naime pas dautres Ă©pingles similaires. Jaime, je naime pas roland barthes jaime la salade, la cannelle, le fromage, les piments, la pĂąte damandes, lodeur du foin coupĂ© jaimerais quun nez fabriquĂąt un tel parfum, les roses, les pivoines, la lavande, le champagne, des positions. Je naime pas la technologie, les ordinateurs, lenvoi de sms, les rĂ©seaux sociaux, la musique contemporaine, la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, lena dunham, la grammaire incorrecte, le new jersey, times square, penn station, les discothĂšques, les casinos, les synthĂ©tiseurs, les mĂ©duses, se limer les ongles, le yaourt, le cafĂ©, la mayonnaise, le matin, la religion, lhomophobie, la stupiditĂ©. Il retire le verbe aimer Ă  linfinitif puisque aimer na de sens que dans une relation donc il ne peut pas ĂȘtre un impersonnel. Textes lus par denis podalydĂšs, andrĂ© dussollier et adĂšle van reeth roland barthes, fragments dun discours amoureux, 1977, je taime, editions du seuil. Le jaime je naime pas est un exercice dintrospection et daffirmation proposĂ© Ă  lorigine par roland barthes, un thĂ©oricien de la littĂ©rature . Posted in jaime - je naime pas tagged georges perec jaime - je naime pas, roland barthĂšs jaime - je naime pas leave a comment.. Crime De Maureen Jacquier Ou En Est Lenquete En Janvier2022 j'aime j'aime pas amĂ©lie poulain Renseigner votre adresse email pour crĂ©er un compte et pouvoir commenter. Jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela apparemment na pas de sens. Et pourtant, tout cela veut dire mon corps nest pas le mĂȘme que le vĂŽtre. - une citation de roland barthes. Barthes roland revue archives rĂ©seau bibliographie roland-barthes. Lecture par roland barthes du fragment jaime, je naime pas de roland . Roland barthes ce que je dois Ă  khatibi. Je naime pas beaucoup le gingembre, je prĂ©fĂšre le mot qui le dĂ©signe. Parfois, je veux jouer Ă  celui qui nattend pas jessaye de moccuper. Aimer de qui jaime, savoir que lĂ©criture ne compense rien, ne sublime rien, . Roland barthes, roland barthes par roland barthes, seuil, 1975 jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela apparemment na pas de sens. Et pourtant, tout cela veut dire mon corps nest pas le mĂȘme que le vĂŽtre. Roland barthes avec mes salutations, sophos modifiĂ© 1 fois. Casual Dating Suisse Avis.. Femme Mure Baise Avec Un Jeune Chinois Message D Amour Avec Humour Sexe Mon Mari Comment Beobank189 Monsieur Comment Faire Pour Rencontrer Des Shemal Anal199 Cartouche Cynthia Mature Jacquie Et Michel Gay852 Ou Couple Hetero Baise Avec Ladyboy Asian jeune femme sexi libre a nantes Cherche Fille Bulgare plan althen des paluds 3Eme283 Meilleur Sex Sans Sentiment net echangiste lassie71 video Que896 Cek Partouze Lesbienne En Club PrivĂ© DerniĂšre modification le 110905 16. Roland barthes jaime, je naime pas. Roland barthes jaime, je naime pas. In one of the last articles that roland barthes published, he writes on Ă©choue toujours Ă  parler. Elle nembrasse pas lĂȘtre aimĂ© mais, dĂ©jĂ , son ombre. Roland barthes - jaime, je naime pas. Voir cette Ă©pingle et dautres images dans littĂ©rature par je parle français. Je naime pas les loulous blancs, les femmes en pantalon, les gĂ©raniums, les fraises, le clavecin, miro, les tautologies, les dessins animĂ©s, arthur rubinstein, les villas, les aprĂšs midi, satie, bartok, vivaldi, tĂ©lĂ©phoner, les churs denfants, les concertos de chopin, les bransles de bourgogne, les danceries de la renaissance, lorgue, m. Je crĂ©e une vidĂ©o dau moins 2 minutes pas plus de 10 minutes. Cette vidĂ©o aura pour thĂšme jaime. Roland barthes jaime je naime pas - 1975. Cest un adjectif que je rapporte plutĂŽt Ă  lobjet aimĂ©, si bien quen tant que sujet amoureux simulĂ© dans le livre, je ne saurais pas me . Fait et la conçoit ça, cest la nourriture que jaime. Site Rencontre Poiur Sex A 3.. Bar Gay Viril Toulouse SĂ©largit Ă  lexcĂšs, le repas mennuie et je naime plus manger ou, au contraire, je mange. Roland barthes par roland barthes. Liste de ses goĂ»ts et de ses dĂ©goĂ»ts . Je naime pas le poisson, la neige, le choux fleur, la noix de coco, lhĂŽpital, les insectes, les corbeaux, le chocolat noir, le grondement . Jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela, apparemment, na pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire mon corps nest pas le mĂȘme que le vĂŽtre. Ainsi, dans cette Ă©cume anarchique des goĂ»ts et des dĂ©goĂ»ts, sorte de hachurage distrait, se dessine peu Ă  peu la figure dune Ă©nigme corporelle, appelant complicitĂ© ou irritation. Traces de lanalyse cĂ©lĂšbre effectuĂ©e par roland barthes. Toute attestation de la sĂ©quence je taime ne se retrouve pas dans les . Vous allez Ă©couter un texte lu et Ă©crit par roland barthes jaime, je naime pas. Vous dĂ©couvrirez cet Ă©crivain et vous travaillerez lexpression du goĂ»t, des prĂ©fĂ©rences de maniĂšre. Roland barthes jaime, je naime pas. Jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela apparemment na pas de. Rencontre Femme Adultere Pau.. Comment Reussir Une Fellation Jacques Jacki Et Michel VidĂ©o Xxx Tinder Gratuit Mec Site917 Jacquie Jacques Berthier Laudate Dominum Porno111 A Transgenre Thailande Service908 Service Jasuie Et Michel Alpes Maritimes Cougar344 Cougar Rencontre Celibataire Hyeres String570 Rencontre Film Milf Gaumont Nantes Centre Humilation Jacki Et Michel De roland barthes fragments dun discours amoureux. Sur ce point, barthes nhĂ©site pas ils renvoient au corps. Personnellement, jaime ces interjections trĂšs littĂ©raires il. Jaime je naime pas de georges perec. Jaime les parcs, les jardins, le papier quadrillĂ©, les stylos, les pĂątes fraĂźches, chardin, le jazz, les trains, ĂȘtre en avance, le basilic, marcher dans paris, langleterre, lecosse, les lacs, les Ăźles, les chats, la salade de tomate Ă©pĂ©pinĂ©e et pelĂ©e, les puzzles, le cinĂ©ma amĂ©ricain, klee, verne, les machines Ă  Ă©crire, la forme. Écrire 5 jaime et 5 je naime pas Ă  la façon de roland barthes. Écrire 10 phrases Ă  la façon de georges perec dans je me . Concerne, il nen est pas question je ne puis sortir aucune. Uvre de mon chapeau, et de toute Ă©vidence sĂ»rement pas ce. Roman dont jai voulu analyser la . Roland barthes jaime, je naime pas. Édouard philippe sur les municipales je ne vais pas masquer le fait que jaime cette ville et que jai aimĂ© ĂȘtre maire mais aujourdhui je suis premier ministre, jai une mission Ă  accomplir. Femme Mature En Porte Jarretelle Baise Avec Un Jeune. . qu'est ce que les gens n'aiment pas 1 roland barthes source de limage photographie prise par henri cartier-bresson, . Jaime, je naime pas, roland barthes. If playback doesnt begin shortly, . Je naime pas les robes, les jupes, les filles qui font leur bombe, les pĂątes, le choux-fleur, lodeur des choux, les Ă©pinards, les gens qui ont une mauvaise haleine, quon me rĂ©pondre, les thĂ©atres, les auteurs, les gens qui ne rĂ©pondent pas au tĂ©lĂ©phone, les sensations fortes, les films daction, la fidĂ©litĂ©, les chiens, le poisson, la noix de. Fait partie dun numĂ©ro thĂ©matique roland barthes. Je nhĂ©siterai donc pas Ă  traverser impunĂ©ment cette Ă©criture, comme lautre les miroirs, . Je dĂ©teste le fois gras, les asperges et certains lĂ©gumes. Dans la famille, je naime pas la mĂ©sentente. Lets play the jaimeje naime pas game, which i am totally cribbing from the bloggers. Who cribbed it from roland barthes, who said. En 1980, il Ă©crit son jaime, je naime pas, publiĂ© ici pour la premiĂšre fois, en pensant Ă  son ami. À linstar de roland barthes, nous avons Ă©crit une liste de ce que nous aimons et de ce que nous naimons pas, puis nous lavons enrichie avec des expansions du nom, des complĂ©ments circonstanciels, des synonymes d aimer et ne pas aimer. Wyylde 10 Jours Offert 2022. Enfin, en rĂ©fĂ©rence au court mĂ©trage foutaises de jean-pierre jeunet, nous nous sommes filmĂ©s avec notre tĂ©lĂ©phone portable, pour clamer haut. RĂ©diger une courte page de son autobiographie, Ă  la maniĂšre de. Barthes clique sur le lien ci-dessous . Jaime, je naime pas fiche dactivitĂ©s exercices activitĂ© 1 qui Ă©tait roland barthes? Faites des recherches et puis cochez la ou les bonne s rĂ©ponse s 1. Il Ă©tait belge suisse français 4. Il Ă©tait philosophe poĂšte Ă©crivain journaliste 5. Qui est roland barthes? ActivitĂ© 2 quest-ce quil. Et ces raisons ne sont pas nĂ©gligeables mais personnellement je les. Et, selon roland barthes, ce dĂ©sir dĂ©criture naĂźtrait dabord au . Jaime, je naime pas Ă  la maniĂšre de roland barthes. Lautre jour, delphinebooks sest livrĂ©e Ă  ce petit exercice de style Ă  la maniĂšre de . Jaime je naime pas - littĂ©raire Ă  lorigine le jaime je naime pas est un exercice dintrospection et dafrmation proposĂ© Ă  lorigine par roland barthes, un thĂ©oricien de la littĂ©rature français du xxe siĂšcle. Ma Belle Mere Est Une Garce Jacquie Et Michel Porneq.. Il constitue tout simplement un inventaire des goĂ»ts et dĂ©goĂ»ts dune. En 1980, il Ă©crit son jaime, je naime pas, publiĂ© ici pour la premiĂšre fois, en pensant Ă  son ami. J aime, je n aime pas cela na aucune importance pour personne cela apparemment na pas de sens. Et pourtant, tout cela veut dire mon corps n est pas le mĂȘme que le vĂŽtre. Roland barthes par roland barthes 1975 de. RĂ©fĂ©rences de roland barthes - biographie de roland barthes. Plus sur cette citation citation de. Cette citation de roland barthes jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela apparemment na pas de sens. Jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela apparemment na pas de sens. Et pourtant, tout cela veut dire mon corps nest pas le mĂȘme que le vĂŽtre. D barthes par lui-mĂȘme on trouve un fragment intitulĂ© jaimeje naime pas. Nous retrouverons plus tard le verbe aimer et sa dĂ©claration. Une Maman Cougar Jacquie Et Michel.. j'aime je n'aime pas perec Pour le moment, arrĂȘtons-nous sur ce que barthes dit ne pas aimer. 13 la liste commence par les loulous blancs. Bien entendu je mintĂ©resse Ă  la rĂ©pĂ©tition qui. Que reste-t-il de roland barthes, nĂ© le 12 novembre1915 et mort trop tĂŽt le. En france, on naime pas mĂ©langer lintelligence et lart - . Cette citation de roland barthes jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela apparemment na pas de sens. Et pourtant, tout cela veut dire mon corps nest pas le mĂȘme que le vĂŽtre., fait partie des plus belles citations de roland barthes aucune importance personne apparemment pourtant corps votre. Interesting to note that roland barthes 12 november 1915 anarchic foam of tastes and distastes is contemporaneous with youre gonna wake up. No surprise then that jaime, je naime pas became the starting point for updates and personal interpretations among list-loving binary-fixated bloggers from the mid-noughties onwards. MĂ©taphore dans les Ă©crits thĂ©oriques de roland barthes pourquoi, alors que limage est. 2 voir le fragment intitulĂ© jaime, je naime pas ibid. liste de j'aime j'aime pas. J Ai RespirĂ© De L Amiante Que Faire.. Video Jaqui Et Michel Gruise Jaime, je naime pas Ă  la maniĂšre de roland barthes lautre jour, delphinebooks sest livrĂ©e Ă  ce petit exercice de style Ă  la maniĂšre de roland barthes dans roland barthes par roland barthes. Comme jaime beaucoup ce genre de choses, aprĂšs mon je me souviens Ă  la maniĂšre de perec, voici mon jaime, je naime pas. Jaime la salade, la cannelle, le fromage, les piments, la pĂąte damandes, lodeur du foin coupĂ© jaimerais quun nez fabriquĂąt un tel parfum, les roses, les pivoines, la lavande, le champagne, des positions lĂ©gĂšres en politique, glenn gould, la biĂšre excessivement glacĂ©e, les oreillers plats, le pain grillĂ©, les cigares de havane, haendel, les. Jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela apparemment na pas de sens. Et pourtant, tout cela veut dire mon corps nest pas . Aimeje naime pas par roland barthes postĂ© dans ils lont ditils lont Ă©crit par adeline si vous souhaitez lĂ©couter, lu par roland barthes himself, plutĂŽt que de le lire, cliquez ici chouette animation du centre pompidou puis cliquez sur la tĂȘte de roland barthes. Jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela, apparemment, na pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire mon corps nest pas le . Roland barthes Ă©tait le phare des jeunes intellectuels des annĂ©es 70. Jadore barthes, jaime bcp luchini, mais je naime pas trop de . Savoir quon nĂ©crit pas pour lautre, savoir que ces choses que je vais Ă©crire ne me feront jamais aimer de qui jaime, savoir que lĂ©criture . Lire barthes, cest dĂ©chirant Ă  la façon dont barthes utilisait le. Est-ce que je ne dis pas que jaime la littĂ©rature, que je laime dune façon . Roland barthes ne se contente pas de tenir un journal pour lui seul. Une forme dĂ©suĂšte dĂ©criture, est-ce que je ne dis pas que jaime la littĂ©rature . Je naime pas dans le cadre du cours de français. InvitĂ©s Ă  rĂ©diger leur autoportrait Ă  la maniĂšre de roland barthes il sagissait de se . Nouvel exercice de style empruntĂ© Ă  roland barthes r. B 1975, nhĂ©sitez pas Ă  poster les vĂŽtres jaime mes grains de beautĂ© . About press copyright contact us creators advertise developers terms privacy policy & safety how youtube works test new features press copyright contact us creators. Atelier dĂ©criture 6 jaime je naime pas en ouvrant mon carnet dĂ©crivaine, je me suis rendue compte que je navais pas postĂ© ici le dernier atelier de dĂ©cembre. Dans son livre intitulĂ© roland barthes par roland barthes, roland barthes se traite lui-mĂȘme comme objet dĂ©criture et invente une nouvelle façon de se raconter, par petites fiches. Jaime je naime pas jaime la salade, la cannelle, le fromage, lodeur du foin coupĂ© jaimerais quun nez fabriquĂąt un tel parfum, les roses, les pivoines, la lavande, le champagne, des positions lĂ©gĂšres en politique, glenn gould, haendel, les promenades mesurĂ©es, marcher en sandales le soir sur les. The french critic and philosopher roland barthes compiled lists of things he liked jaime and things he disliked je naime pas.. Sexe Femmes Femme Sexy Qui Fait L Amour Alyce Idee844 Idee Site De Rencontre Chateauguay Comparatif988 Sms Tchatcoco Site130 Site Jacques Halbert Contact Arreter Abonnement Rencontre Ronde Avis deces de max jacquier evian Cherche375 Cherche Meilleur Site De Rencontre Gratuit Tunisie Rencontre619 Une Ma Femme Au Lit Avec Un Autre Dailymotion Jaquie Et Michel Video Porno Jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela, apparemment, na pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire mon . RestĂ© devant mes yeux du théùtre français entre le berliner et les autres. Roland barthes théùtres, je nai pas eu conscience dune diffĂ©rence de . Le mythique jaimeje naime pas, du mythique roland barthes si vous souhaitez lĂ©couter, lu par roland barthes himself, plutĂŽt que de le lire, cliquez ici chouette animation du centre pompidou puis cliquez sur la tĂȘte de roland barthes. Jaime, je naime pas cela na aucune importance pour personne cela, apparemment, na pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire mon . Jaime, je naime pas fiche dactivitĂ©s exercices activitĂ© 1 qui Ă©tait roland barthes? Faites des recherches et puis cochez la ou les bonne s rĂ©ponse s . Cliquez ici pour lĂ©couter il faut cliquer sur la petite voiture puis sur le visage de roland barthes pour entendre sa voix. 2 foutaises bien avant de mettre en scĂšne le fabuleux destin damĂ©lie poulain, jean-pierre jeunet avait voulu donner sa propre version de jaime, jaime pas. 3 un site des jaime je naime pas. Pharmacie Saint Jacques Chateauroux.. La langue grecque ancienne avait une manne de mots pour dĂ©signer les variations de l’amour. Si vous vouliez jaser sur la passion et l’attirance physique, il suffisait de fouiller dans le rĂ©servoir des vocables de l’époque et de sortir Éros. Les sentiments d’amitiĂ©, quant Ă  eux, Ă©taient synonyme de Philia tandis que AgapĂ© dĂ©signait l’amour dĂ©sintĂ©ressĂ©, le vrai, l’inconditionnel ! Ainsi, on dĂ©nombre plus de huit noms grecs pour Ă©voquer l’amour dans toute sa diversitĂ©. Deux millĂ©naires et des poussiĂšres plus tard, le champ lexical amoureux s’est Ă©tonnement transformĂ© en une foultitude de nĂ©ologismes polyamour, sapiosexuel, liker, matcher, sexting, etc. Ces nouveaux mots dĂ©jĂ  dĂ©modĂ©s ? en disent long sur notre maniĂšre de voir l’amour au XXIĂšme siĂšcle. Nous sommes libĂ©rĂ©s et emprisonnĂ©s Ă  la fois. L’union libre a la cote mais les personnes ne sont jamais senties aussi seules. Nous arborons nos prĂ©fĂ©rences tels des Ă©tendards avec l’intention d’ĂȘtre, chacun, pleinement soi mais ces fanions sont aussitĂŽt rĂ©cupĂ©rĂ©s Ă  des fins mercantiles qui, bien souvent, nous Ă©chappent. Tel est le paradoxe de notre Ă©poque. En 1977, paraissait Fragments d’un discours amoureux 1 de Roland Barthes. Un essai singulier sur les ressentis de l’ĂȘtre amoureux. Sans doute, ce livre, a-t-il encore des choses Ă  nous apprendre au sujet de l’amour ? Analyse. Une composition originale Tout livre repose d’abord sur une structure plus ou moins dĂ©finie et celui-ci ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle puisqu’il en a une tout Ă  fait particuliĂšre. Tel un abĂ©cĂ©daire, Roland Barthes a choisi de s’épancher sur le langage amoureux au travers de mots-clĂ©s qu’il appelle des figures. Chacune d’entre elles a son propre chapitre, lui-mĂȘme agencĂ© d’une maniĂšre originale puisque l’auteur dĂ©finit une figure avant de partir dans des rĂ©flexions tous azimuts qui prennent pour point de dĂ©part une Ɠuvre littĂ©raire, une philosophie, un poĂšme, une sociologie ou simplement une conversation intime de l’entourage de l’auteur. Cela peut paraĂźtre foutraque Ă  premiĂšre vue mais Roland Barthes cite ses sources de rĂ©flexion directement dans la marge ! Ainsi, le lecteur suit les pĂ©rĂ©grinations de l’auteur tout en sachant directement Ă  quoi elles se rapportent Il faut, certes, avoir un minimum de connaissances pour que chaque rĂ©flexion fasse sens puisque Barthes n’hĂ©site pas Ă  aller voir du cĂŽtĂ© de Goethe, Baudelaire, la philosophie Zen, Freud, Lacan ou encore Buñuel afin d’expliciter son propos. Fragments d’un discours amoureux est une Ɠuvre dense, et c’est sans doute l’originalitĂ© de sa structure qui la rend plus digeste. Toute personne ayant dĂ©jĂ  Ă©tĂ© amoureuse sait que les effets de ce sentiment sont tel un feu d’artifice pour l’esprit et le corps. Être amoureux, c’est expĂ©rimenter des chamboulements intĂ©rieurs ; Ă  partir d’un presque rien, vous voilĂ  lancĂ© Ă  toute vitesse sur les montagnes russes des Ă©motions. Et c’est Ă  ce moment prĂ©cis que Roland Barthes approche sa loupe et passe en revue la maniĂšre dont la personne amoureuse est Ă©branlĂ©e. Nous avons beau nous sentir plus Ă©voluĂ©s que nos prĂ©dĂ©cesseurs et scander que l’amour a changĂ© de forme, la mĂ©canique amoureuse, elle, reste identique. Rencontre, magie, dĂ©rĂ©alitĂ©, ravissement, ou encore jalousie sont autant de fragments que l’auteur passe au filtre d’une analyse qui fait mouche “ En pleurant, je veux impressionner quelqu’un, faire pression sur lui “ Vois ce que tu fais de moi “. Ce peut ĂȘtre — et c’est communĂ©ment — l’autre que l’on contraint ainsi Ă  assumer ouvertement sa commisĂ©ration ou son insensibilitĂ© ; mais ce peut ĂȘtre aussi Ă  moi-mĂȘme je me fais pleurer, pour me prouver que ma douleur n’est pas une illusion les larmes sont des signes, et non des expressions. Par mes larmes, je raconte une histoire, je produis un mythe de la douleur, et dĂšs lors je m’en accommode je puis vivre avec elle, parce que, en pleurant, je me donne un interlocuteur emphatique qui recueille le plus “vrai” des messages, celui de mon corps, non celui de ma langue “ Les paroles, que sont-elles ? Une larme en dira plus. “ 2 Si Fragments d’un discours amoureux devait ĂȘtre classĂ© dans une catĂ©gorie de livres, il serait assurĂ©ment sur l’étagĂšre des essais psychologiques puisque Barthes fait souvent appel Ă  cette discipline pour expliquer les diffĂ©rents phĂ©nomĂšnes qui bouleversent la personne amoureuse. Conclusion Cet ouvrage, loin d’ĂȘtre pĂ©rimĂ©, continue d’apporter un Ă©clairage sur le fait amoureux. Il se lit tel un abĂ©cĂ©daire dans lequel on irait piocher ce qui nous intĂ©resse au grĂ© de nos envies. AprĂšs l’avoir lu une premiĂšre fois, il y a plus de dix ans, je suis toujours aussi surpris de l’acuitĂ© avec laquelle Roland Barthes dĂ©crypte l’ĂȘtre amoureux. Un classique qui se dĂ©guste mieux au fur et Ă  mesure que les annĂ©es passent. 😉 Et puisque ce livre est parfait Ă  l’oral, je vous propose d’écouter un extrait dĂ©clamĂ© par l’excellente Charlotte-Florence de JessĂ© qui a acceptĂ© de jouer le jeu pour Les Petites Analyses. Vous pouvez la retrouver sur son compte Instagram oĂč elle rĂ©cite, avec brio, des passages de la BruyĂšre ! 1 BARTHES R., Fragments d’un discours amoureux, Éditions du Seuil, 1977. 2 Ibid., P215 032 j'aime je n'aime pas Roland Barthes 1977 j'aime la salade la cannelle le fromage les piments la pĂąte d'amandes l'odeur du foin coupĂ©j'aimerais qu' un nez fabriquĂąt un tel parfum ... je n'aime pas les loulous blancs les femmes en pantalon les gĂ©raniums les fraises le clavecin Miro les tautologies les dessins animĂ©s Arthur Rubinstein Bartok Vivaldi tĂ©lĂ©phoner ... j'aime je n'aime pas cela n'a aucune importance pour personne cela apparemment n'a pas de sens et pourtant tout cela veut dire mon corps n'est pas le mĂȘme que le vĂŽtre * note-rapide la notion de piment est gĂ©nĂ©ralement associĂ©e Ă  la saveur piquante le terme piment vert jaune orange rouge brun pĂȘche ou violet est un nom vernaculaire dĂ©signant le fruit de cinq espĂšces de plantes du genre Capsicum de la famille des SolanacĂ©es “Cher collaborateur-collaboratrice, Suite Ă  vos rĂ©ponses au survey concernant les open spaces de notre start-up, un meeting a rĂ©uni la senior management team et les dĂ©cisions suivantes ont Ă©tĂ© prises un espace de co-working va ĂȘtre créé et leadĂ© par le dĂ©partement Marketing, un kicker en leasing va venir s’ajouter au coffee corner et, enfin, les freelance pourront participer aux team-buildings afin d’avoir les mĂȘmes avantages de gamification que leurs N+1. Jean Valjean Chief Happiness Officer” MĂȘme si ce fragment de texte verse dans la caricature, la langue française continue d’ĂȘtre bousculĂ©e par la mondialisation. Un certain anglais 1 est devenu une source intarissable de nouveaux mots qui s’injectent et modifient le français actuel. C’est ce que l’on appelle communĂ©ment une langue vivante puisque, tel un corps, elle n’a de cesse de se muer en quelque-chose qui, Ă  peine Ă©tabli, fait dĂ©jĂ  partie de son passĂ©. Ces Ă©volutions continuent sont l’essence mĂȘme d’une langue. Elle a besoin que des modifications langagiĂšres adviennent pour ne pas mourir. Tant qu’il y a du mouvement, c’est qu’il y a de la vie. Mais ne nous y mĂ©prenons pas, comme dans toute chose, la fin d’une langue est inĂ©luctable. Rassurez-vous, nous n’y sommes pas encore. Une ligne du temps littĂ©raire Roland Barthes, le cĂ©lĂšbre sĂ©miologue français, s’est fait connaĂźtre grĂące Ă  son premier livre, publiĂ© en 1953, Le degrĂ© zĂ©ro de l’écriture 2. Il retrace Ă  sa façon l’Histoire de la langue française et la structure via une grille de lecture personnalisĂ©e qui a fait sa renommĂ©e. Sans doute aurait-il eu tant Ă  dire sur le franglish. Je vous propose une courte analyse de ce classique controversĂ©. Tout d’abord il convient de prĂ©ciser que ce premier livre de Roland Barthes dĂ©voile une maniĂšre singuliĂšre pour l’époque d’expliciter la langue. On y dĂ©couvre un style unique, un agencement de mots qui peut s’apparenter Ă  un gloubi-boulga de paroles, une masturbation intellectuelle qui ne mĂšne le lecteur nulle-part si ce n’est dans l’entre-soi des pensĂ©es de l’auteur. Il faut aller au-delĂ  de ces considĂ©rations pour comprendre le point de vue de Roland Barthes et le faire rĂ©sonner dans le bruit d’aujourd’hui. Pour l’auteur français, la langue et le style sont deux modules diffĂ©rents au sein d’un mĂȘme ensemble. La langue est un continuum qui traverse les siĂšcles en gardant une unicitĂ© comprĂ©hensible par tout un chacun tandis que le style est une poussĂ©e crĂ©atrice qui est bien plus que la simple intention de l’auteur “Par exemple, MĂ©rimĂ©e et FĂ©nelon sont sĂ©parĂ©s par des phĂ©nomĂšnes de langue et par des accidents de style ; et pourtant ils pratiquent un langage chargĂ© d’une mĂȘme intentionnalitĂ©, ils se rĂ©fĂšrent Ă  une mĂȘme idĂ©e de la forme et du fond, ils acceptent un mĂȘme ordre de conventions, ils sont le lieu des mĂȘmes rĂ©flexes techniques, ils emploient avec les mĂȘmes gestes , Ă  un siĂšcle et demi de distance, un instrument identique, sans doute un peu modifiĂ© dans son aspect, nullement dans sa situation ni dans son usage en bref, ils ont la mĂȘme Ă©criture.” 3 Roland Barthes pose des curseurs sur une ligne du temps qui remonte le cours de l’Histoire littĂ©raire. On y redĂ©couvre que le roman est nĂ© dans la bourgeoisie, Ă©crit par une certaine caste et Ă  destination de cette mĂȘme caste, que le passĂ© simple a longtemps Ă©tĂ© le temps idĂ©al du roman ou encore que le choix de la premiĂšre ou troisiĂšme personne du singulier dans la rĂ©daction d’un texte change fondamentalement ce dernier. De plus, le sĂ©miologue français s’arrĂȘte plusieurs fois sur un fait qui me semble important, l’éclatement de la poĂ©sie classique par Victor Hugo La distorsion que Hugo a tentĂ© de faire subir Ă  l’alexandrin, qui est le plus rationnel de tous les mĂštres, contient dĂ©jĂ  tout l’avenir de la poĂ©sie moderne, puisqu’il s’agit d’anĂ©antir une intention de rapports pour lui substituer une explosion de mots. » 4 En conclusion Le degrĂ© zĂ©ro de l’écriture trouve sa signification avec l’exemple de l’Etranger de Camus. C’est-Ă -dire une Ă©criture neutre et transparente dont le style est justement l’absence de style. C’est d’ailleurs cette neutralitĂ© qui sera le cƓur atomique du travail de Barthes et ce premier essai est le fondement de sa pensĂ©e puisque ses autres Ɠuvres, — Mythologies ou Fragments d’un discours amoureux par exemple — sont autant de textes qui mettent en relief sa façon trĂšs personnelle de penser le monde. 1 
 ou plutĂŽt le globish, ce mot-valise signifiant un anglais simplifiĂ©. 2 BARTHES R., Le degrĂ© zĂ©ro de l’écriture, Editions du Seuil. 1953. 3 Ibid., 4 Ibid., Navigation des articles Dans L’Entretien infini, au moment d’évoquer les expĂ©rimentations des surrĂ©alistes, ce n’est qu’à regret, et faute de mieux, que Blanchot emploie le terme de communication, dont il dĂ©nonce immĂ©diatement le caractĂšre douteux »[1]. D’une telle rĂ©ticence, on trouverait d’infinis exemples chez les thĂ©oriciens de la modernitĂ© littĂ©raire, dont on sait qu’ils ont vu en Flaubert et MallarmĂ© les fondateurs d’un rĂ©gime autonomisĂ© de la littĂ©rature rompant avec l’imaginaire rhĂ©torique des Belles-Lettres, la littĂ©rature se trouvait soustraite aux obligations mondaines de la langue parlĂ©e, dont elle cessait alors de fournir l’étalon exemplaire. Depuis Le DegrĂ© zĂ©ro de l’écriture, oĂč il asserte que l’écriture n’est nullement un instrument de communication »[2], Barthes a trĂšs largement thĂ©matisĂ© cette sĂ©paration, sous la forme d’antithĂšses ayant pu valoir comme les mots d’ordre mĂȘmes de la modernitĂ© française des annĂ©es 1960-1970 Ă©criture transitive / intransitive, Ă©crivant / Ă©crivain, lisible / scriptible, texte de plaisir / texte de jouissance. Si une telle conception de l’écriture comme contre-communication » parcourt l’Ɠuvre de Barthes, du DegrĂ© zĂ©ro oĂč apparaĂźt cette expression[3], en passant par S/Z oĂč elle revient[4], et jusqu’aux Fragments d’un discours amoureux qui lui font Ă©cho, elle mĂ©rite tout de mĂȘme d’ĂȘtre tempĂ©rĂ©e moins par d’autres postulations de l’auteur qui sembleraient la contredire que par les diffĂ©rentes modalisations et variations dont elle a pu faire l’objet. Ainsi, plutĂŽt que d’ĂȘtre toujours envisagĂ© avec euphorie, ce brouillage de la communication a souvent Ă©tĂ© dĂ©crit comme un problĂšme, signalant une position aliĂ©nĂ©e, sinon tragique, du critique Ă©crivain, et suscitant alors la dĂ©ploration on Ă©crit pour ĂȘtre aimĂ©, on est lu sans pouvoir l’ĂȘtre »[5], savoir qu’on n’écrit pas pour l’autre, savoir que ces choses que je vais Ă©crire ne me feront jamais aimer de qui j’aime »[6], on Ă©choue toujours Ă  parler de ce qu’on aime » [7] respectivement datĂ©es de 1963, 1977 et 1980, ces dĂ©clarations ne se contentent pas d’évoquer la dĂ©ception que l’écriture semble opposer structurellement Ă  la communication des affects, elles en disent aussi le regret, elles signalent Ă  son endroit une certaine obstination du scripteur. Or, loin de s’en ĂȘtre tenu Ă  l’élĂ©gie, Barthes me semble avoir tĂąchĂ© de convertir cette obstination en programme d’écriture, programme qu’on pourrait qualifier de rhĂ©torique, suivant la dĂ©finition emblĂ©matique qu’en donne la prĂ©face aux Essais critiques la rhĂ©torique est la dimension amoureuse de l’écriture »[8]. C’est Ă  interroger le sens, les enjeux et les rĂ©percussions de cette Ă©trange formule que je voudrais m’employer ici, dans le souhait de verser cette Ă©tude au dossier des rapports de Barthes Ă  la discipline ancienne. Si Barthes a jouĂ© un rĂŽle majeur dans les diffĂ©rents retours qu’a connus la rhĂ©torique au XXe siĂšcle, c’est notamment pour en avoir synthĂ©tisĂ© l’histoire et le systĂšme au cours d’un sĂ©minaire de 1964-1965 Ă  l’EPHE, dont la retranscription en 1970 dans la revue Communications a fait date ; c’est aussi parce qu’il a mobilisĂ© certaines catĂ©gories de la discipline dans une perspective sĂ©miologique, puis post-structurale. Pour ma part, c’est Ă  la rhĂ©torique du Barthes Ă©crivain que je voudrais m’intĂ©resser ici, en suivant le fil d’une rĂ©flexion qui trouve dans la prĂ©face des Essais critiques, sinon une origine, du moins une formulation remarquable. Conçue comme une technique que l’écrivain et l’homme ordinaire ont en partage, la rhĂ©torique y prend l’aspect d’une dĂ©libĂ©ration formelle, largement aporĂ©tique portant sur les voies indirectes de la communication affective, ayant Ă  faire face Ă  l’interdit thĂ©orique portĂ© sur le lyrisme, cette dĂ©libĂ©ration donnera lieu Ă  une sĂ©rie de dispositifs prĂ©caires, dont un des plus emblĂ©matiques me semble reprĂ©sentĂ© par les usages de la notion de topique, que j’évoquerai pour finir. Ecrire, verbe indirect littĂ©raritĂ©, rhĂ©torique, parole quotidienne La prĂ©face aux Essais critiques de dĂ©cembre 1963 est un texte dans lequel Barthes rĂ©flĂ©chit conjointement aux statuts du discours littĂ©raire et du discours critique, pour en affirmer l’identitĂ© profonde quoique masquĂ©e, inavouable, car institutionnellement non reconnue. Renonçant Ă  rendre compte de l’évolution de son langage critique au long des dix annĂ©es couvertes par le recueil, l’ayant conduit du brechtisme Ă  la sĂ©miologie, Barthes se justifie d’une pratique silencieuse et indirecte de l’écriture. Au principe de celle-ci, il postule une double infidĂ©litĂ©[9] de l’écrivain, et dĂ©nonce la rĂ©ception mondaine de l’Ɠuvre comme le lieu d’une irrĂ©mĂ©diable mĂ©prise d’une part, l’expĂ©rimentateur public » qu’est le scripteur loge toute sa responsabilitĂ© dans le travail de la forme, tandis que ses partis pris, engagements, valeurs, bref, tout ce que le monde considĂšre comme dĂ©finitif, ne relĂšvent Ă  ses yeux que de variations secondaires et provisoires. D’autre part, l’écriture Ă©tant une tĂąche qui porte en elle son propre bonheur »[10], le livre achevĂ© vaut moins que la pratique dont il est le rĂ©sidu inessentiel, voire inauthentique. Alors mĂȘme qu’il date de l’époque pionniĂšre de la montĂ©e de la sĂ©miologie »[11], le vocabulaire du prĂ©facier rappelle bien moins la langue de Saussure ou de Hjelmslev que celle de Blanchot[12] ou encore de Merleau-Ponty[13]. Mais alors que ces propos pouvaient passer pour valider l’hypothĂšse d’une contre voire d’une anti-communication littĂ©raire, Barthes change brusquement de perspective et introduit, sans transition aucune, une scĂšne de communication ordinaire Ă©noncĂ©e en premiĂšre personne Un ami vient de perdre quelqu’un qu’il aime et je veux lui dire ma compassion. Je me mets alors Ă  lui Ă©crire spontanĂ©ment une lettre. Cependant les mots que je trouve ne me satisfont pas ce sont des phrases » je fais des phrases » avec le plus aimant de moi-mĂȘme ; je me dis alors que le message que je veux faire parvenir Ă  cet ami, et qui est ma compassion mĂȘme, pourrait en somme se rĂ©duire Ă  un simple mot CondolĂ©ances. Cependant, la fin mĂȘme de la communication s’y oppose, car ce serait lĂ  un message froid, et par consĂ©quent inversĂ©, puisque ce que je veux communiquer c’est la chaleur mĂȘme de ma compassion. J’en conclus que pour redresser mon message c’est-Ă -dire en somme pour qu’il soit exact, il faut non seulement que je le varie, mais encore que cette variation soit originale et comme inventĂ©e[14]. En dĂ©signant aprĂšs-coup cette lettre Ă  l’ami endeuillĂ© comme une allĂ©gorie de la littĂ©rature, comme l’image mĂȘme de la littĂ©raturitĂ© »[15] thĂ©orisĂ©e par les formalistes russes, Barthes fait plus qu’illustrer son propos il met en lumiĂšre une continuitĂ© profonde entre les domaines de la littĂ©rature et de la vie commune, dont le dĂ©but de la prĂ©face pouvait laisser penser qu’ils Ă©taient incommensurables. Comme ma lettre de condolĂ©ances, poursuit Barthes, tout Ă©crit ne devient Ɠuvre que lorsqu’il peut varier, dans certaines conditions, un message premier qui est peut-ĂȘtre bien, lui aussi j’aime, je souffre, je compatis[16]. Ainsi entendue comme une technique de l’originalitĂ© et de l’exactitude, la littĂ©raritĂ© dĂ©signe moins le propre ou l’exclusive de la littĂ©rature, et moins encore le critĂšre de son autonomie, qu’un ensemble de procĂ©dĂ©s, de protocoles Ă  l’Ɠuvre dans la communication ordinaire, trouvant dans la littĂ©rature une forme d’épure particuliĂšre. L’indirect demeure bien ici ce travail obstinĂ© de la forme, il consiste bien, comme le dit Barthes, Ă  inexprimer l’exprimable »[17], ou comme le dit Merleau-Ponty dans Signes, Ă  travaille[r] Ă  l’envers »[18] Ă  partir des sens dĂ©jĂ  donnĂ©s, des lieux communs du discours. Simplement, au lieu de sanctionner une sortie de la communication, c’est de la prise au sĂ©rieux des enjeux et des problĂšmes de celle-ci que l’indirect tire dĂ©sormais sa justification et son programme. Ainsi l’homme privĂ© se fait-il Ă©crivain chaque fois qu’il travaille, redresse, singularise son message pour parvenir Ă  se faire entendre, tandis que, rĂ©ciproquement, l’écrivain trouve dans l’ami une figure tutĂ©laire, un personnage conceptuel[19] L’écrivain l’ami est donc un homme pour qui parler, c’est immĂ©diatement Ă©couter sa propre parole ; ainsi se constitue une parole reçue bien qu’elle soit parole créée, qui est la parole mĂȘme de la littĂ©rature[20]. Écrire, dĂšs lors, ce serait en quelque sorte s’écouter parler, non pas comme fait le bavard narcissique, mais plutĂŽt par souci d’anticiper la rĂ©ception du message et de se projeter, pour ce faire, Ă  la place de son destinataire[21]. Paradoxalement, cette parole qui prĂ©mĂ©dite son adresse ne constitue pas le vĂ©ritable “don” de l’écrivain », sans embarquer du mĂȘme coup l’écriture dans une dĂ©marche rĂ©flexive, repliĂ©e sur elle-mĂȘme, indirecte jusqu’à pouvoir se faire intransitive. L’infidĂ©litĂ© de l’écrivain Ă©voquĂ©e au dĂ©but de la prĂ©face mĂ©rite Ă  ce titre d’ĂȘtre reconsidĂ©rĂ©e si ce dernier est tout absorbĂ© dans l’élaboration de la forme, au point de ne pas vouloir rĂ©pondre des propositions de son texte une fois celui-ci achevĂ©, c’est que tout son effort de communication se situe lĂ , dans l’écriture, en amont de la mise en circulation du livre Cette anticipation de la parole [est] le seul moment trĂšs fragile oĂč l’écrivain comme l’ami compatissant peut faire comprendre qu’il regarde vers l’autre ; car aucun langage direct ne peut ensuite communiquer que l’on compatit, sauf Ă  retomber dans les signes de la compassion seule la forme permet d’échapper Ă  la dĂ©rision des sentiments, parce qu’elle est la technique mĂȘme qui a pour fin de comprendre et de dominer le théùtre du langage[22]. DĂ©placement remarquable mais prĂ©parĂ© depuis l’épisode de la lettre, cette technique formelle de la communication affective, Ă  laquelle Barthes avait d’abord donnĂ© le nom de littĂ©raritĂ©, prend alors celui de rhĂ©torique. En affirmant que la rhĂ©torique est la dimension amoureuse de l’écriture », dont relĂšve toute communication, dĂšs lors qu’elle veut faire entendre Ă  l’autre que nous le reconnaissons »[23], l’auteur met ici Ă  profit le caractĂšre transversal de la notion, propice Ă  circuler entre les domaines de la communication ordinaire et de la littĂ©rature. Barthes semble Ă  premiĂšre vue faire un emploi relativement classique de la rhĂ©torique celle-ci n’a plus pour fonction de persuader, mais elle prĂ©tend encore Ă©mouvoir, et conserve quelque chose de cet art de bien parler art esthĂ©tique et moral par quoi Quintilien la dĂ©finissait[24]. Surtout, elle reste impliquĂ©e dans une logique de l’invention technique et de l’adresse, quand bien mĂȘme celle-ci est, on l’a vu, heurtĂ©e, objet de mĂ©prises. Par lĂ , Barthes est encore loin de la rhĂ©torique post-structurale de Paul De Man ou de Jacques Derrida ; ce n’est que plus tard, au dĂ©but des annĂ©es 1970, qu’il reprendra avec eux l’axiome nietzschĂ©en postulant la figuralitĂ© constitutive du langage et de la pensĂ©e. De mĂȘme, il n’est pas non plus question ici de l’usage sĂ©miologique de la rhĂ©torique que Barthes Ă©labore en ces mĂȘmes annĂ©es 1960 dans le cadre du CECMAS, puisant dans la discipline ancienne une nomenclature destinĂ©e Ă  rendre compte des faits littĂ©raires ou Ă  dĂ©crypter la communication de masse. Cette rhĂ©torique amoureuse des Essais critiques ne saurait nĂ©anmoins ĂȘtre le fait d’un Barthes antimoderne »[25] ceci, d’une part, parce que la rhĂ©torique est ici liĂ©e Ă  des thĂšmes majeurs de la thĂ©orie littĂ©raire de l’époque l’indirect, l’intransitif, l’autotĂ©lique, quand bien mĂȘme ceux-ci se trouvent investis dans une problĂ©matique communicationnelle qu’ils semblaient exclure ; mais aussi parce que, d’autre part, elle s’entend dĂ©sormais comme une technique de l’originalitĂ©, comme un art de la parole singuliĂšre. Bien qu’elle repose sur une intelligence des formes gĂ©nĂ©rales du langage et qu’elle compose avec les normes instituĂ©es du discours, la rhĂ©torique n’est plus soluble dans les prĂ©ceptes universels des manuels c’est dĂ©sormais d’une rhĂ©torique particuliĂšre, du particulier qu’il s’agit, comparable en cela Ă  cette rhĂ©torique par objet » ou par sujet que Francis Ponge a souvent appelĂ© de ses vƓux, en dialogue avec les travaux de Jean Paulhan[26]. Aussi, plus encore que de Blanchot ou de Merleau-Ponty, c’est surtout du Ponge des ProĂȘmes qu’il conviendrait de faire l’intertexte latent de cette prĂ©face[27]. Je pense bien sĂ»r au poĂšme RhĂ©torique », oĂč Ponge recommandait cette derniĂšre comme un art de rĂ©sister au paroles », de ne dire que ce que l’on veut dire » Somme toute, fonder une rhĂ©torique, ou plutĂŽt apprendre Ă  chacun l’art de fonder sa propre rhĂ©torique, est une Ɠuvre de salut public. Cela sauve les seules, les rares personnes qu’il importe de sauver celles qui ont la conscience et le souci et le dĂ©goĂ»t des autres en eux-mĂȘmes[28]. Partant, si l’écriture mĂ©rite encore d’ĂȘtre envisagĂ©e, dans la prĂ©face aux Essais critiques, comme une contre-communication, ce n’est pas au sens d’une anti-communication, mais bien plutĂŽt de cette communication de luxe » qu’évoque Barthes dans son texte, luxe qu’il prĂ©cise ĂȘtre vital, car dĂšs que la communication est affective c’est la disposition profonde de la littĂ©rature, la banalitĂ© lui devient la plus lourde des menaces »[29]. Étrangement, c’est peut-ĂȘtre Ă  force de vouloir se faire entendre que l’écrivain pourra Ă  l’occasion devenir obscur, au point de voir sa parole sujette Ă  mĂ©prises. Quoi qu’il en soit des rĂ©ussites et des ratĂ©s de cette communication, on voit que la littĂ©rature faite rhĂ©torique est bien loin de retrouver ici la fonction d’exemplaritĂ© qui lui Ă©tait prĂȘtĂ©e sous le rĂ©gime des Belles-Lettres, sans pour autant assumer tout Ă  fait la forme autonomisĂ©e que dĂ©crivent Gilles Philippe et Julien Piat dans leur histoire de la langue littĂ©raire[30] l’écrivain n’incarne certes plus la norme haute de la langue commune, puisqu’il cherche au contraire Ă  y singulariser sa voix, mais il emblĂ©matise tout de mĂȘme un effort de rigueur et d’exactitude dans la communication affective, dont l’exigence se reconnaĂźt identique Ă  celle des hommes dans leur vie ordinaire. Anti-lyrisme thĂ©orique et dĂ©libĂ©rations formellesLa rhĂ©torique amoureuse des Essais critiques est bien entendu loin d’épuiser le rapport de Barthes Ă  la discipline ancienne, et tout aussi loin de formaliser dĂ©finitivement les voies de la communication affective. Elle n’en formule pas moins un questionnement dont il me semble possible et utile de mettre en lumiĂšre certaines suites dans les textes de Barthes. À cet Ă©gard, la Lettre de Jilali »[31] que Barthes cite et commente dans son autoportrait de 1975 pourrait ĂȘtre lue comme un rappel discret et comme une rĂ©alisation aboutie de la lettre Ă  l’ami des Essais critiques. Parce qu’elle Ă©nonce en mĂȘme temps la vĂ©ritĂ© politique du Maroc » et tout le dĂ©sir de Jilali », Barthes dit y trouver exactement le discours utopique que l’on peut souhaiter »[32]. Reste que cette rĂ©ussite mĂ©rite d’autant mieux son titre d’utopie qu’elle fait figure d’exception au sein du Roland Barthes par Roland Barthes. La communication affective y bute en effet sur deux obstacles majeurs le premier tient Ă  la division sociale des langages, qui sĂ©pare l’idiome des intellectuels de la langue populaire et empĂȘche ceux-ci de participer [
] Ă  la scĂšne communautaire »[33] ; le second provient quant Ă  lui de l’interdit thĂ©orique portĂ© sur le lyrisme et l’épanchement romantique, qui rĂ©prime du point de vue de l’énonciateur lui-mĂȘme l’expression affective. Barthes s’en explique dans deux fragments consĂ©cutifs L’exclusion » et CĂ©line et Flora ». Le premier de ces textes rapporte un court Ă©pisode narratif, oĂč l’auteur Ă©voque le sentiment d’exclusion violemment ressenti au spectacle d’un mariage de la petite bourgeoisie, alors qu’il visitait l’église parisienne de Saint-Sulpice. Face Ă  une cĂ©rĂ©monie qui lui renvoie en une seule bouffĂ©e tous les partages dont il est l’objet [sociaux, religieux, politiques, sexuels] », Barthes se dĂ©clare victime d’un Ă©loignement supplĂ©mentaire celui de son langage ». [
] il ne pouvait exprimer son trouble dans le code mĂȘme du trouble, c’est-Ă -dire l’exprimer il se sentait plus qu’exclu dĂ©tachĂ© toujours renvoyĂ© Ă  la place du tĂ©moin, dont le discours ne peut ĂȘtre, on le sait, que soumis Ă  des codes de dĂ©tachement ou narratif, ou explicatif, ou contestataire, ou ironique jamais lyrique, jamais homogĂšne au pathos en dehors duquel il doit chercher sa place[34]. Exemplifiant son propos par un recours Ă  la troisiĂšme personne qui rappelle en lui ce personnage de roman » invoquĂ© dans l’épigraphe du livre tout ceci doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme dit par un personnage de roman », Barthes se met bien en scĂšne comme le tĂ©moin interdit de ses propres passions. À lire la longue phrase citĂ©e Ă  l’instant, qui a tout d’une pĂ©riode Ă  cadence majeure, et dont la polysyndĂšte finale accentue l’emphase, on voit que cette position de tĂ©moin continue d’appeler une sorte de lyrisme, qu’on pourrait dire au carrĂ© en effet, si le sujet dĂ©plore de ne pouvoir s’exprimer, ce n’est pas, selon le topos lyrique, que les mots manquent ou que l’émotion soit trop puissante, c’est que les concepts mĂȘmes d’expression, de personne, de pathos sont thĂ©oriquement caducs. L’anti-lyrisme en jeu est ainsi tout thĂ©orique d’abord parce qu’il se dĂ©duit des thĂ©ories modernes du sujet et de l’écriture que Barthes embrasse alors, mais encore parce qu’il ne laisse pas, ce faisant, d’insuffler au discours intellectuel un air d’élĂ©gie – l’impossibilitĂ© thĂ©orique du lyrisme constituant alors l’objet nouveau de la dĂ©ploration. Il ne serait pas juste, pour autant, de voir lĂ  une maniĂšre de psychomachie faisant de la thĂ©orie un simple surmoi moderne rĂ©primant l’irrĂ©ductible poussĂ©e humorale du sujet. Dans les termes du textualisme, on sait bien que les affects ne sont nullement interdits, au contraire, pourvu qu’ils soient immanents Ă  l’écriture, et qu’ils [mettent] Ă  vif l’inconsistance du sujet », son atopie L’écriture est une jouissance sĂšche, ascĂ©tique, nullement effusive »[35]. Si psychomachie il y a, c’est alors thĂ©orie moderne du moi dispersĂ© contre thĂ©orie endoxale de l’émoi central, jouissance sĂšche contre Ă©panchement effusif, ou, pour le dire avec les mots des Fragments d’un discours amoureux imaginaire de l’écriture contre imaginaire amoureux[36]. Reste qu’il est frappant de voir Barthes dĂ©signer le dispositif Ă©nonciatif de son propre ouvrage, ses codes de dĂ©tachements », et jusqu’à la jouissance de l’écriture qu’il promeut ailleurs, comme autant de sources d’ exclusion ». La dimension indirecte de l’écriture thĂ©orisĂ©e dans les Essais critiques n’est plus revendiquĂ©e avec le mĂȘme enthousiasme qu’alors ; tout se passe mĂȘme comme si elle Ă©tait devenue un carcan, une seconde nature. Plus encore lorsqu’il s’agit d’amour, l’indirect menace de rendre inaudible Ă  force de mĂ©diation et d’ironie la communication affective qu’il avait pourtant la charge d’assurer [
] dans le cas d’une perversion amoureuse, cette sĂ©cheresse [de l’écriture] devient dĂ©chirante je suis barrĂ©, je ne puis faire passer dans mon Ă©criture l’enchantement pure image d’une sĂ©duction comment parler de qui ? Ă  qui l’on aime ? Comment faire rĂ©sonner l’affect, sinon Ă  travers des relais si compliquĂ©s, qu’il en perdra toute publicitĂ©, et donc toute joie ?[37] Livrant ici une sorte de prospectus des Fragments d’un discours amoureux, cette interrogation reste pour l’heure en suspens ; elle donne mĂȘme lieu Ă  un renchĂ©rissement dans l’indirect, Barthes comparant avec humour l’écrivain amoureux aux tantes du narrateur proustien, CĂ©line et Flora, incapables, Ă  force d’allusion, de faire entendre Ă  Swann le compliment qu’elles lui adressent. La communication Ă©choue, conclut Barthes, non par inintelligibilitĂ©, mais parce qu’il s’opĂšre une vĂ©ritable schize entre l’émoi du sujet – complimenteur ou amoureux – et la nullitĂ©, l’aphonie de son expression »[38]. Dans son ouvrage de 1977, Barthes reprend presque exactement ce propos, mais le reformule du point de vue de l’amoureux dont il met en scĂšne la parole. L’ Ă©moi central » que l’autoportraitiste se refusait Ă  prendre en charge devient prĂ©cisĂ©ment cela mĂȘme dont l’amoureux ne peut se dĂ©barrasser dans son expĂ©rience privĂ©e Depuis cent ans, la folie littĂ©raire est rĂ©putĂ©e consister en ceci Je est un autre » la folie est une expĂ©rience de dĂ©personnalisation. Pour moi, sujet amoureux, c’est tout le contraire c’est de devenir un sujet, de ne pouvoir m’empĂȘcher de l’ĂȘtre, qui me rend fou. Je ne suis pas un autre c’est ce que je constate avec effroi[39]. Dans ces conditions, l’amoureux ne peut accĂ©der Ă  l’écriture, dont la thĂ©orie et les exigences ne se sont pas notablement modifiĂ©es depuis Roland Barthes par Roland Barthes, bien qu’elles soient ici comme observĂ©es de l’extĂ©rieur Mes envies d’expression oscillent entre le haĂŻku trĂšs mat, rĂ©sumant une Ă©norme situation, et un grand charroi de banalitĂ©s. Je suis Ă  la fois trop grand et trop faible pour l’écriture je suis Ă  cĂŽtĂ© d’elle, qui est toujours serrĂ©e, violente, indiffĂ©rente au moi enfantin qui la sollicite[40]. Comme en tĂ©moignent les essais de haĂŻku prĂ©cĂ©dant ces lignes, l’échec de la communication amoureuse dans l’ordre de l’écriture ne l’empĂȘche pas d’y persister comme tendance, de s’y essayer de ce point de vue, ce qui se donne Ă  lire dans ces extraits de 1975 et de 1977 que je viens d’évoquer, ce n’est peut-ĂȘtre rien d’autre que cette parole reçue, anticipant son adresse, travaillant sa forme, dont il Ă©tait dĂ©jĂ  question dans la prĂ©face aux Essais critiques, parole oĂč Barthes plaçait justement le don fragile de l’écrivain et de l’ami. Ainsi, la rhĂ©torique amoureuse qui intervient ici ne se donne pas tant Ă  voir comme le produit d’une technique, fĂ»t-elle particuliĂšre, du particulier ; elle se prĂ©sente plutĂŽt comme une mise en dĂ©bat des techniques d’écriture, comme une dĂ©libĂ©ration portant sur la forme et sur l’adresse du discours affectif. Ce rĂ©investissement mĂ©ta-technique pour employer un mot pongien de l’ancien genre politique de la rhĂ©torique n’est Ă©videmment pas isolĂ© chez Barthes. C’est on le sait une des voies Ă©lectives prises par son travail dans les derniĂšres annĂ©es de sa vie de la confĂ©rence de 1978 sur le modĂšle proustien aux derniers cours au CollĂšge de France dĂ©diĂ©s au haĂŻku et Ă  la prĂ©paration du roman, en passant par les fragments de DĂ©libĂ©ration », publiĂ©s dans Tel quel en 1979, qui mettent Ă  l’essai la pratique du journal intime, et jusqu’à l’ultime texte sur Stendhal. Chacune Ă  sa maniĂšre, ces diffĂ©rentes dĂ©libĂ©rations formelles rĂ©flĂ©chissent toutes aux chemins indirects de la communication affective Ă©voquĂ©e dans les Essais critiques. Et si le roman fait alors office de fantasme recteur, c’est que, comme l’indique Barthes Ă  propos de Stendhal, il est prĂ©cisĂ©ment la forme propice Ă  sublimer, Ă  extravertir la passion sans la dĂ©grader entre les journaux de voyage qui disent l’amour de l’Italie, mais ne le communiquent pas »[41] et La Chartreuse de Parme dont les pages parviennent Ă  embraser » le lecteur et rĂ©alisent la transcendance de l’égotisme », Barthes situe l’avĂšnement d’une Ă©criture enfin capable d’assumer et de communiquer le pathos. Le critique Ă©crivain peut alors dĂ©mentir Ă  la fin de son texte le propos du titre, restĂ© longtemps aporĂ©tique dans son Ɠuvre on Ă©choue toujours Ă  parler de ce qu’on aime ». De cette conversion de l’écriture, la raison tient sĂ»rement Ă  ce que depuis la disparition de sa mĂšre en 1977, l’ambition de parler de ceux qu’on aime semble prendre le pas chez Barthes sur celle de parler Ă  qui l’on aime et pour ĂȘtre aimĂ©[42]. Point de bascule fantasmĂ© de cette Vita nova Ă  laquelle il rĂ©flĂ©chit alors, le passage de l’amour eros Ă  l’amour agape discutĂ© dans le cours sur le Roman pourrait alors suspendre en quelque sorte la question de l’adresse amoureuse si insistante jusqu’en 1977[43]. Topiques barthĂ©siennesEn Ă©voquant ces dĂ©libĂ©rations formelles et l’horizon romanesque bien connu qu’elles se donnent dans les derniĂšres annĂ©es de l’Ɠuvre de Barthes, je ne voudrais pas donner Ă  penser qu’ici s’arrĂȘte la rhĂ©torique affective qui m’occupe. Si la rhĂ©torique est la dimension amoureuse de l’écriture », ce n’est pas seulement parce qu’elle met en dĂ©bat les techniques de la communication affective, c’est aussi parce qu’elle les expĂ©rimente et les surveille au fil des essais. En rĂ©alitĂ© dĂšs les dĂ©buts de son Ɠuvre, mais nulle part aussi densĂ©ment que dans son autoportrait de 1975, Barthes s’est appliquĂ© Ă  dĂ©crire les implications affectives du discours de l’essai en quoi certains, comme Susan Sontag, on pu voir un prolongement du lyrisme intellectuel des essayistes de la NRF du dĂ©but du siĂšcle[44]. Que le sentiment, comme on l’a vu en amour, se rĂ©vĂšle impropre Ă  ĂȘtre communiquĂ© directement, nuement, cela ne l’empĂȘche pas d’affecter l’écriture. Plus encore, on sait que l’affect, l’humeur, sont des termes massivement invoquĂ©s par Barthes pour saper les prĂ©tentions objectivistes de la science. Pour le dire dans le vocabulaire nietzschĂ©en qu’il pratique alors, le sens est fondĂ© en valeur »[45] et non en vĂ©ritĂ©. AncrĂ©es dans les pulsions humorales du sujet, ces valeurs, dont le Roland Barthes par Roland Barthes rĂ©pertorie la sĂ©rie des J’aime/je n’aime pas, font figures de dispositions affectives durables ; elles rĂ©gulent les interprĂ©tations et les postulations du discours intellectuel. En dĂ©crivant l’écriture essayistique comme le lieu et le produit d’une conversion de la valeur en thĂ©orie », de mĂȘme qu’il revendiquera plus tard, dans La Chambre claire, la gĂ©nĂ©ralisation de ses humeurs[46], Barthes implique ce faisant la thĂ©orie elle-mĂȘme dans un mouvement de communication affective. OriginĂ©e en valeur ce qui ne veut pas dire qu’elle en soit moins fondĂ©e, la thĂ©orie devient un objet intellectuel, et cet objet est pris dans une plus grande circulation il rencontre un autre imaginaire du lecteur[47]. Bien qu’il n’échappe nullement Ă  l’imaginaire et encoure la menace de voir ses produits se dĂ©grader bientĂŽt en stĂ©rĂ©otypes, le geste de thĂ©orisation permet donc de traduire l’affect dans le discours de l’essai et de l’extraire, ce faisant, de son berceau individuel. Tout Ă  la fois discursive, Ă©thique et fiduciaire, la conversion en question pourvoie l’affect d’une forme gĂ©nĂ©rale, communicable, qui autorise son partage au sein de l’économie anonyme de la pensĂ©e. Cette conversion, au reste, n’est pas sans Ă©voquer la maniĂšre dont Barthes dĂ©finira l’écriture dans son article sur Stendhal une puissance, fruit probable d’une longue initiation, qui dĂ©fait l’immobilitĂ© stĂ©rile de l’imaginaire amoureux et donne Ă  son aventure une gĂ©nĂ©ralitĂ© symbolique »[48]. Qu’elle soit symbolique ou thĂ©orique, qu’elle s’inaugure dans un amour rĂ©fĂ©rentiel ou dans une humeur intellectuelle, la gĂ©nĂ©ralisation relĂšve bien d’une technique d’extraversion et de communication communiquer un affect, c’est le rendre commun, public, publiable. On sait que Barthes n’a eu de cesse de surveiller cette conversion thĂ©orique des valeurs, tant il est vrai que celle-ci, selon les mots de La Chambre claire, menace de rĂ©duire voire d’écraser le scripteur et son public sous le poids de la gĂ©nĂ©ralitĂ©. À cet Ă©gard, la rhĂ©torique lui a offert un ensemble de protocoles, de notions, mais aussi de procĂ©dĂ©s repoussoirs. Parmi de nombreux exemples qu’il faudrait relever et surtout classer, je me contenterai pour finir d’évoquer le cas emblĂ©matique de la topique, notion qui fait l’objet d’usages frĂ©quents sous la plume de Barthes, ce tout particuliĂšrement depuis son ouvrage de 1975. Dans le fragment Les amis », la topique se trouve ainsi invoquĂ©e pour dĂ©crire l’ espace des affects cultivĂ©s » que constitue pour lui le rĂ©seau amical Il faut s’efforcer de parler de l’amitiĂ© comme d’une pure topique cela me dĂ©gage du champ de l’affectivitĂ© – qui ne pourrait-ĂȘtre dite sans gĂȘne, puisqu’elle est de l’ordre de l’imaginaire ou plutĂŽt je reconnais Ă  ma gĂȘne que l’imaginaire est tout proche je brĂ»le[49]. Par sa dimension abstraite et spatiale qui en fait ici un parasynonyme de structure, la topique permet ainsi de dire thĂ©oriquement ou rhĂ©toriquement une amitiĂ© dont la dimension affective et Ă©rotique interdit la formulation directe. L’affect n’est pas absent, c’est mĂȘme de lui qu’on parle, et sa proximitĂ© est sensible en tĂ©moigne la syllepse je brĂ»le, mais il est tenu Ă  distance, abstrait, et par lĂ  mĂȘme rendu dicible. Si le traitement de la topique est, dans ces lignes, largement sous-dĂ©terminĂ© et mĂ©taphorique, Barthes a souvent mobilisĂ© le terme en rĂ©fĂ©rence Ă  la discipline ancienne, rĂ©fĂ©rence explicite, Ă  dĂ©faut bien sĂ»r d’ĂȘtre – ni de se prĂ©tendre – fidĂšle. Dans la seconde partie de son Aide-mĂ©moire » sur l’ancienne rhĂ©torique, il s’était appliquĂ© Ă  synchrĂ©tiser diffĂ©rents Ă©tats du systĂšme au point qu’on a pu dĂ©noncer en lui un Viollet-le-Duc de la rhĂ©torique[50]. À cette occasion, Barthes insistait sur deux valeurs concurrentes de la topique dans la tradition participant de la technique de l’invention, la notion avait en effet pu tour-Ă -tour dĂ©signer une grille de formes vides » et une rĂ©serve de formes remplies »[51] autrement dit, elle prenait d’un cĂŽtĂ© notamment chez Aristote l’aspect d’une sĂ©rie de procĂ©dĂ©s, de bĂ©quilles favorisant la production des arguments, tandis qu’elle se dĂ©gradait, de l’autre, en un rĂ©servoir de stĂ©rĂ©otypes, d’arguments tout prĂ©parĂ©s, de lieux incontournables du discours. InvoquĂ©e dans les Fragments d’un discours amoureux et dans les deux premiers cours au CollĂšge de France, la topique y est d’abord rĂ©investie comme une technique d’invention. On lit Ă  ce titre, dans les notes du cours sur le Neutre de 1977-1978 Pour prĂ©parer ce cours j’ai promenĂ© » le mot Neutre », en tant qu’il a pour rĂ©fĂ©rent, en moi, un affect obstinĂ© [
] le long d’un certain nombre de lectures = la mĂ©thode de la topique grille Ă  la surface de laquelle on balade un sujet »[52]. Soumettant l’affect obstinĂ© du neutre Ă  une forme de conversion thĂ©orique, la topique ne s’en tiendra pourtant pas au cadre de l’invention, elle rendra Ă©galement compte de la mĂ©thode d’exposition fragmentaire par lĂ , il semble bien que Barthes fasse jouer la rhĂ©torique contre elle-mĂȘme, il s’en rĂ©approprie les mĂ©thodes pour en neutraliser les nuisances Ă  la dispositio classique orchestrant la grande coulĂ©e dissertative, ce flumen orationis qu’il dĂ©plore dans le discours de la science, il oppose alors l’ordre discontinu, fragmentaire, qu’il trouve dans la topique, maniĂšre pour lui de laisser son discours en plan. Dans les Fragments d’un discours amoureux, on pourrait mĂȘme dire que la topique, au centre de l’avant-propos Comment est fait ce livre », contamine jusqu’aux derniĂšres parties de la rhĂ©torique si Barthes prĂ©cise que les figures composant sa topique amoureuse ne doivent pas s’entendre au sens rhĂ©torique d’ornement, ce n’est pas tant pour leur ĂŽter cette rĂ©fĂ©rence Ă  l’elocutio qu’elles conserveront tout de mĂȘme en tant que fragments discursifs, bribes de discours, phrases amoureuses ; mais c’est davantage pour leur ajouter une valeur rhĂ©torique supplĂ©mentaire car en tant que gestes, schema, mettant en scĂšne l’amoureux au travail »[53], les figures relĂšvent explicitement d’un art de l’actio, de la performance du discours[54]. Enfin, jouant sur les deux valeurs de la topique qu’il distinguait dans son Aide-mĂ©moire », Barthes fait de cette catĂ©gorie une maniĂšre d’ouvrir son texte au public, rappelant le propos de Montaigne dans ses Essais laissant Ă  un suffisant lecteur le soin de remplir les vides de son discours ou d’en poursuivre les amorces C’est comme s’il y avait une Topique amoureuse, dont la figure fĂ»t un lieu topos. Or, le propre d’une Topique, c’est d’ĂȘtre un peu vide une Topique est par statut Ă  moitiĂ© codĂ©e, Ă  moitiĂ© projective ou projective parce que codĂ©e. Ce qu’on a pu dire de l’attente, de l’angoisse, du souvenir, n’est jamais qu’un supplĂ©ment modeste, offert au lecteur pour qu’il s’en saisisse, y ajoute, en retranche et le passe Ă  d’autres autour de la figure, les joueurs font courir le furet ; parfois, par une derniĂšre parenthĂšse, on retient l’anneau une seconde encore avant de le transmettre. Le livre, idĂ©alement, serait une coopĂ©rative Aux Lecteurs – aux Amoureux – RĂ©unis. »[55] Parce que le portrait structural » du livre donne voix Ă  l’amoureux privĂ©, on sait que les figures en jeu assumeront leur part d’imaginaire, de stĂ©rĂ©otype, et se situeront en retrait de l’intertexte thĂ©orique contemporain. Vis-Ă -vis de ce dernier, le sujet mĂȘme du livre l’amour et son vocabulaire sentimental, romantique sont d’ailleurs assumĂ©s par Barthes comme des actes de sĂ©cession[56]. Ce qui me semble important de souligner ici, c’est surtout la mise en continuitĂ© qu’un tel dispositif rĂ©tablit entre, d’une part, la communication ordinaire des affects, celle des amoureux, des lecteurs, des amis qui rappellent leur prĂ©sence dans les marges du livre et, d’autre part, cette communication de luxe qu’emblĂ©matisait l’écriture dans les Essais critiques. Si elle apparaissait bien comme une voie efficace offerte Ă  la communication affective, la conversion thĂ©orique de la valeur dĂ©crite dans le Roland Barthes par Roland Barthes pouvait sembler un privilĂšge, sinon une distinction d’intellectuel[57]. Il me semble que la spĂ©cificitĂ© des Fragments d’un discours amoureux tient prĂ©cisĂ©ment Ă  ce que le mouvement de gĂ©nĂ©ralisation s’y montre Ă  l’Ɠuvre tant chez l’homme privĂ© que chez l’écrivain l’un troquant sa culture contre l’innocence et l’imaginaire de l’autre. DĂšs lors, peu importent les stĂ©rĂ©otypes qu’elle charrie pourvu qu’elle soit au travail, cette conversion thĂ©orique, cette gĂ©nĂ©ralisation, se reconnait transversale, partout active, Ă  la maniĂšre de la pensĂ©e sauvage observĂ©e par LĂ©vi-Strauss. Et ce qui, alors, empĂȘche rĂ©ciproquement le discours intellectuel de verser dans l’indiffĂ©rence et le surplomb de la science, c’est qu’étant dans le mĂȘme temps celui d’un amoureux privĂ©, il demeure souterrainement adressĂ©, et se reconnaĂźt comme un exercice de rhĂ©torique amoureuse L’atopie de l’amour, le propre qui le fait Ă©chapper Ă  toutes les dissertations, ce serait qu’en derniĂšre instance il n’est possible d’en parler que selon une stricte dĂ©termination allocutoire ; qu’il soit philosophique, gnomique, lyrique ou romanesque, il y a toujours, dans le discours sur l’amour, une personne Ă  qui l’on s’adresse, cette personne passĂąt-elle Ă  l’état de fantĂŽme ou de crĂ©ature Ă  venir. Personne n’a envie de parler d’amour si ce n’est pour quelqu’un[58]. ConclusionEn 1970, dans la petite prĂ©sentation de son Aide-mĂ©moire » qui, cinq ans plus tard, livre la retranscription du sĂ©minaire de l’EPHE, Barthes ramĂšne la rhĂ©torique Ă  un objet d’histoire, Ă  une technique datĂ©e, irrĂ©cupĂ©rable comme telle. Ce n’est pourtant pas dans un simple souci d’érudition qu’il affirme s’ĂȘtre penchĂ© sur la discipline ancienne, mais dans la perspective conjointe d’interroger un prĂ©sent oĂč celle-ci subsiste Ă  l’état ruiniforme. À l’origine – ou Ă  l’horizon – de ce sĂ©minaire, comme toujours, il y avait le texte moderne, c’est-Ă -dire le texte qui n’existe pas encore. Une voie d’approche de ce texte nouveau est de savoir Ă  partir de quoi et contre quoi il se cherche [
]. D’oĂč l’idĂ©e d’un sĂ©minaire sur l’ancienne RhĂ©torique ancien ne veut pas dire qu’il y ait aujourd’hui une nouvelle RhĂ©torique ; ancienne RhĂ©torique s’oppose plutĂŽt Ă  ce nouveau qui n’est peut-ĂȘtre pas encore accompli le monde est incroyablement plein d’ancienne RhĂ©torique[59]. Si l’on se rappelle que le sĂ©minaire en question avait Ă©tĂ© prĂ©parĂ© dans l’immĂ©diate foulĂ©e de la prĂ©face aux Essais critiques, et qu’il s’était poursuivi, l’annĂ©e suivante, par une exploration des avatars modernes de la rhĂ©torique, on mesure que la dimension actuelle prĂȘtĂ©e aux recherches de l’ Aide-mĂ©moire » n’aura pas Ă©tĂ© un vain mot. Plus encore, Ă©noncer que le texte moderne n’existe pas encore, et qu’il se cherche Ă  partir de et contre la rhĂ©torique, c’est aussi admettre qu’en attendant, il lui faut bien composer avec elle. Il se dessine alors chez Barthes, Ă  la maniĂšre de la morale chez Descartes, le programme d’une rhĂ©torique provisoire, par provision pour se prĂ©munir du lyrisme, de l’imaginaire inspirĂ© de la crĂ©ation, et Ă  dĂ©faut de pouvoir incarner le Texte dans des pratiques tangibles, Barthes puise, faute de mieux, Ă  l’imaginaire technique de l’ancienne discipline. De ce point de vue, l’auteur compte sans conteste parmi les Ă©crivains comme Baudelaire, Paulhan, ValĂ©ry, dont lui-mĂȘme soulignait qu’ils avaient prĂȘtĂ© Ă  la rhĂ©torique des interprĂ©tations personnelles » et des contenus originaux »[60]. De la communication affective des Essais critiques jusqu’aux rĂ©investissements de la topique dans les Fragments d’un discours amoureux et dans les cours du CollĂšge de France, la rhĂ©torique Ă  laquelle rĂ©flĂ©chit Barthes excĂšde ainsi trĂšs largement la forme restreinte » dĂ©crite par Genette dans son cĂ©lĂšbre article de 1970[61] c’est une rhĂ©torique faite pour tous ceux qui parlent et Ă©crivent, une rhĂ©torique qui, accordant une place centrale Ă  l’invention et Ă  la disposition, se conçoit comme une technique de l’information exacte », comme un art raisonnĂ© de la communication affective. Cette rhĂ©torique participe sans doute, chez Barthes, d’un certain Plaisir aux classiques », et l’on pourrait d’ailleurs trouver dans l’article de 1944 certains linĂ©aments de la prĂ©face aux Essais critiques. Reste que la rhĂ©torique barthĂ©sienne mais on le verrait dĂšs l’article de jeunesse est bien une affaire de moderne rhĂ©torique particuliĂšre et non plus gĂ©nĂ©rale, nĂ©gociant la communication des affects dans le discours de l’essai, et justifiant la rĂ©flexivitĂ© et l’indirect de l’écriture au titre d’une communication de luxe qu’elle sait ĂȘtre aussi l’affaire de chacun. Plan Introduction 1 Ecrire, verbe indirect littĂ©raritĂ©, rhĂ©torique, parole quotidienne 2 Anti-lyrisme thĂ©orique et dĂ©libĂ©rations formelles 3 Topiques barthĂ©siennes Conclusion RĂ©sumĂ© Barthes a jouĂ© un rĂŽle majeur dans les diffĂ©rents retours qu’a connus la rhĂ©torique au XXe siĂšcle notamment pour en avoir synthĂ©tisĂ© l’histoire et le systĂšme au cours d’un sĂ©minaire de 1964-1965 Ă  l’EPHE, dont la retranscription en 1970 dans la revue Communications a fait date ; mais aussi parce qu’il a mobilisĂ© certaines catĂ©gories de la discipline ancienne dans une perspective sĂ©miologique, puis post-structurale. C’est plus particuliĂšrement la rhĂ©torique du Barthes Ă©crivain, poĂ©ticien du discours intellectuel, qui fait l’objet du prĂ©sent travail. Ce dernier suit le fil d’une rĂ©flexion qui trouve dans la prĂ©face des Essais critiques, sinon une origine, du moins une formulation remarquable. Conçue comme une technique que l’écrivain et l’homme ordinaire ont en partage, la rhĂ©torique prend alors l’aspect d’une dĂ©libĂ©ration formelle, largement aporĂ©tique portant sur les voies indirectes de la communication affective dans le discours de l'essai, ayant Ă  faire face Ă  l’interdit thĂ©orique portĂ© sur le lyrisme, cette dĂ©libĂ©ration donne lieu Ă  une sĂ©rie de dispositifs prĂ©caires, dont un des plus emblĂ©matiques me semble reprĂ©sentĂ© par les usages de la notion de topique. Notes [1]Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, p. 600. [2]Roland Barthes, Le DegrĂ© zĂ©ro de l’écriture [1953], ƒuvres complĂštes dĂ©sormais OC, Paris, Seuil, 2002, tome I, p. 183. [3]Id. [4]Cf. S/Z [1970], OC, III, p. 240. [5] LittĂ©rature et signification », Essais critiques [1964], OC, II, p. 525. [6] Inexprimable amour », Fragments d’un discours amoureux [1977], OC, V, p. 132. [7]Titre du texte inachevĂ© consacrĂ© Ă  Stendhal, auquel Barthes travaillait avant son accident de fĂ©vrier 1980, en vue d’un colloque Stendhal » Ă  Milan, publiĂ© dans le n. 85 de Tel Quel, automne 1980, et repris dans OC, V, p. 906-914. [8]Essais critiques, OC, II, p. 278. [9]Expression marquĂ©e par l’empreinte de Blanchot, cf. Le poĂšte et la double infidĂ©litĂ© », L’Espace littĂ©raire, Paris, Gallimard, 1955, p. 287. [10]Essais critiques, OC, II, p. 274. [11]Suivant l’expression de Barthes dans l’ Avant-propos 1971 » des Essais critiques, cf. OC, II, p. 272. [12]Voir notamment les premiĂšres pages de L’Espace littĂ©raire, oĂč Maurice Blanchot dĂ©crit le rapport d’étrangetĂ© que l’écrivain entretient Ă  l’égard de son Ɠuvre L’écrivain ne peut pas sĂ©journer auprĂšs de l’Ɠuvre il ne peut que l’écrire, il peut, lorsqu’elle est Ă©crite, seulement en discerner l’approche dans l’abrupt Noli me legere qui l’éloigne de lui-mĂȘme [
] », L’Espace littĂ©raire, op. cit., p. 14. [13]Celui-ci a en effet publiĂ© Signes trois ans plus tĂŽt, ouvrage dont le premier chapitre, significativement intitulĂ© Le langage indirect et les voix du silence », commente la thĂ©orie saussurienne tout en marquant ses distances Ă  l’égard du formalisme moderne, cf. Signes, Paris, Gallimard, 1960, p. 96. [14]Essais critiques, OC, II, p. 275-276. [15]Notons que l’emploi du concept de littĂ©raritĂ© se fait ici en passant, sans que rĂ©fĂ©rence prĂ©cise soit faite Ă  sa thĂ©orie. Dans un texte de 1925 repris en 1965 dans l’anthologie des formalistes russes Ă©ditĂ©e par Tzvetan Todorov, Eikhenbaum rappelait justement que la littĂ©raritĂ© avait Ă©tĂ© conçue par distinction d’avec la langue quotidienne et sa visĂ©e communicationnelle. Cf. La thĂ©orie de la mĂ©thode formelle », ThĂ©orie de la littĂ©rature, Paris, Seuil, 1965, p. 38-39. [16]Essais critiques, OC, II, p. 276. [17]Ibid., p. 279. [18]Maurice Merleau-Ponty, Signes, op. cit., p. 56. [19]Notion introduite par Deleuze et Guattari dans Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris, Éditions de minuit, 1991, p. 60 sq. [20]Essais critiques, OC, II, p. 277. [21]Ainsi de la dĂ©dicace de S/Z aux sĂ©minaristes de l’EPHE, oĂč l’auteur affirme que le livre s’est Ă©crit selon leur Ă©coute ». [22]Id. [23]Ibid., p. 278. [24]Quintilien, Institution oratoire, tome 2, Paris, Les Belles lettres, 1976, II, 15, p. 85. [25]Suivant la thĂšse dĂ©fendue par Antoine Compagnon dans Roland Barthes en Saint Polycarpe », Les Antimodernes. De Joseph de Maistre Ă  Roland Barthes, Paris, Gallimard, 2005, p. 404-440. [26]Cf. Jean Paulhan, Les Fleurs de Tarbes ou la Terreur dans les lettres, Paris, Gallimard, 1941. [27]Le recueil de Ponge est citĂ© par Barthes dans L’ancienne rhĂ©torique, aide mĂ©moire », Communications, n. 16, Seuil, 1970, repris dans OC, III, p. 587. [28]Francis Ponge, RhĂ©torique », ProĂȘmes 1948, in ƒuvres complĂštes, Paris, Gallimard, 1999, BibliothĂšque de la PlĂ©iade », tome I, p. 192-193. [29]Essais critiques, OC, II, p. 277. [30]Cf. Une langue littĂ©raire ? », La Langue littĂ©raire une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert Ă  Claude Simon, Paris, Fayard, 2009, p. 7 56. [31]On trouve une analyse de cette lettre d’un jeune ami marocain dans un rĂ©cent article d’Éric Marty Roland Barthes au Maroc », in Roland Barthes au Maroc, collectif prĂ©sentĂ© par Ridha BoulaĂąbi, Claude Coste et Mohamed Lehdahda, MeknĂšs, Editions de l’UniversitĂ© Moulay IsmaĂŻl, p. 54-57. [32] Lettre de Jilali », Roland Barthes par Roland Barthes [1975], OC, IV, p. 688. [33] MĂ©duse », Roland Barthes par Roland Barthes, OC, IV, p. 698. [34]Roland Barthes par Roland Barthes, OC, IV, p. 662. [35]Roland Barthes par Roland Barthes, OC, IV, p. 664. [36]Cf. Inexprimable amour », Fragments d’un discours amoureux, OC, II, p. 131. [37]Roland Barthes par Roland Barthes, OC, IV, p. 664. [38]Id. [39] Je suis fou », Fragments d’un discours amoureux, OC, V, p. 156. [40] Inexprimable amour », Fragments d’un discours amoureux, OC, V, p. 130.[41] On Ă©choue toujours Ă  parler de ce qu’on aime », OC, V, p. 913. [42]Quand bien mĂȘme le Journal de deuil mĂ©dite sur la persistance d’un dĂ©sir de reconnaissance par l’écriture. Cf. Journal de deuil 26 octobre 1977-15 septembre 1979, Paris, Seuil IMEC, 2009, p. 144. [43]Alors que l’épistolaire pouvait valoir depuis les Essais critiques comme une sorte de vecteur sous-jacent de l’écriture de Barthes, La Chambre claire semble bel et bien rompre avec ce modĂšle. [44]Cf. Susan Sontag, L’Écriture mĂȘme Ă  propos de Barthes, Paris, C. Bourgois, 1982, p 12. [45] À quoi sert l’utopie », Roland Barthes par Roland Barthes, OC, IV, p. 655. [46]La Chambre claire [1980], OC, V, p. 801. [47] Conversion de la valeur en thĂ©orie », Roland Barthes par Roland Barthes, OC, IV, p. 750. [48] On Ă©choue toujours Ă  parler de ce qu’on aime », OC, V, p. 914. [49]Roland Barthes par Roland Barthes, OC, IV, p. 644. [50]Cf. Christelle Reggiani, L’éloquence du roman rhĂ©torique, littĂ©rature et politique aux XIXe et XXe siĂšcles, GenĂšve, Droz, 2008, p. 55. [51] L’ancienne rhĂ©torique. Aide-mĂ©moire », OC, III, p. 576. [52]Le neutre notes de cours au CollĂšge de France, 1977-1978, Paris, Seuil IMEC, 2002, p. 33. [53]Fragments d’un discours amoureux, OC, V, p. 29. [54]Cette partie de la rhĂ©torique avait justement Ă©tĂ© laissĂ©e de cĂŽtĂ© dans l’ Aide-mĂ©moire » au titre de sa dimension théùtrale et hystĂ©rique » ainsi pourrait-on dire qu’en 1977, lorsqu’il dĂ©signe lui-mĂȘme son amoureux comme un orateur dont il entend mettre au jour la geste, cette lacune est indirectement comblĂ©e. [55]Ibid. [56]Voir sur ce point Éric Marty, Roland Barthes, le mĂ©tier d’écrire, Paris, Seuil, 2006, p. 221-224. [57]D’un tel rĂ©gime de distinction, l’espace des affects cultivĂ©s » tout Ă  la fois entretenus et pĂ©tris de culture Ă©voquĂ© dans le fragment Les amis » serait emblĂ©matique. Cf. OC, IV, p. 643. [58] L’entretien », Fragments d’un discours amoureux, OC, V, p. 104. [59] L’ancienne rhĂ©torique. Aide-mĂ©moire », OC, III, p. 527. [60]Ibid., p. 558. [61]Gerard Genette, La rhĂ©torique restreinte », Communications, n. 16, Seuil, 1970, p. 158-171. Auteur Ancien Ă©lĂšve de l’ENS de Lyon, agrĂ©gĂ© de Lettres modernes, Adrien Chassain est doctorant contractuel Ă  l’universitĂ© de Paris 8 et membre de l’équipe d’accueil LittĂ©rature, histoire, esthĂ©tique ». Il prĂ©pare actuellement, sous la direction de Bruno ClĂ©ment, une thĂšse consacrĂ©e aux usages de la rhĂ©torique dans les essais de G. Perec et de R. Barthes. Pour citer cet article Adrien Chassain, “La rhĂ©torique est la dimension amoureuse de l’écriture” communication ordinaire et conversion thĂ©orique des affects chez Roland Barthes », Revue Roland Barthes, nÂș 1, juin 2014 [en ligne]. URL [Site consultĂ© le DATE].

j aime je n aime pas roland barthes